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Kader Bueno

Comment Kader Bueno est venu à la magie : un accident, un hôpital, un coffret

3 min de lecture

Par un accident, et pas par vocation. Enfant, en Tunisie, Kader Bueno est blessé au crâne — « au niveau du cuir chevelu », dit-il. S'ensuivent des allers-retours à l'hôpital et une cicatrice qui se voit. Les autres enfants s'écartent. C'est là qu'un coffret de magie, laissé pour faire passer le temps, devient autre chose qu'un jouet : « L'illusion m'a permis d'avoir des amis. » La magie ne sert d'abord pas à impressionner — elle sert à déplacer le regard.

La plupart des magiciens racontent la même première scène : un oncle, un tour, une obsession. Ici, l'entrée dans le métier passe par un couloir d'hôpital, et cela explique une bonne partie de ce qu'il fait sur scène aujourd'hui.

L’accident

Il est enfant, en Tunisie, quand survient l'accident. Ses mots, à Le Courrier de l’Atlas : « En Tunisie, j'ai eu un accident au niveau du crâne, au niveau du cuir chevelu. » Suivent des allers-retours à l'hôpital, et une cicatrice qui ne se cache pas.

C'est la partie du récit qu'on a envie de raccourcir, et il ne la raccourcit pas : les autres enfants s'écartent. Une cicatrice visible sur un crâne d'enfant, dans une cour d'école, n'est pas un détail — c'est un statut.

Le coffret

Un coffret de magie traîne à l'hôpital, pour occuper les patients. Il s'en empare. Vers huit ans, il commence à apprendre — seul, sans professeur, sans club, sans les livres qu'on conseille habituellement aux débutants.

Et il découvre quelque chose qui n'a rien à voir avec la technique : quand on montre un tour, on ne regarde plus le visage de celui qui le fait. On regarde ses mains. C'est le mécanisme le plus élémentaire de la magie — l'attention va où on l'envoie — et c'est aussi, pour un enfant marqué, une façon de reprendre la main sur ce que les autres regardent.

Sa formule tient en six mots : « L'illusion m'a permis d'avoir des amis ». Il n'y a rien à ajouter, et surtout pas de morale.

Pourquoi cette origine se voit encore sur scène

Trois choses, très concrètes.

  • Le format de proximité. Il travaille en close-up, à un mètre, avec un jeu de cartes. Ce n'est pas un choix esthétique : c'est la distance à laquelle il a appris, celle d'un lit d'hôpital puis d'un trottoir. Ce que ce format implique est décrit dans l'article sur les formats de magie.
  • L'humour comme matériau, pas comme décoration. Il ne fait pas des tours entrecoupés de blagues : il raconte sa vie — l'hôpital, la Tunisie, une arrestation — et les tours arrivent dedans. C'est ce qui a donné le spectacle « Un tour de ma vie ».
  • Le rapport au spectateur. Quelqu'un qui a appris la magie pour être accepté ne cherche pas à écraser son public. Ce que cela change du côté du spectateur choisi est développé dans l'article sur le fait d'être appelé sur scène.

Ce que dit ce parcours de la magie en général

Que la technique n'est pas le sujet. Un tour fonctionne parce qu'il s'adresse à l'attention, et l'attention ne fonctionne pas comme une caméra — on ne perçoit pas ce qu'on ne regarde pas activement, même en pleine vue. Ces mécanismes sont documentés depuis les années 1970 et décrits dans l'article sur les raisons pour lesquelles un tour fonctionne.

Un enfant de huit ans qui découvre, tout seul, qu'il peut décider de ce que les autres regardent, a compris l'essentiel avant d'avoir appris une seule technique.