Comprendre la magie
On vous choisit dans le public : que se passe-t-il vraiment ?
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On attend de vous que vous répondiez honnêtement et que vous restiez où l'on vous place — rien d'autre. Vous ne serez pas ridiculisé, on ne vous fera pas dire quelque chose de gênant, et vous n'avez rien à deviner ni à jouer. Le malaise vient presque toujours d'une crainte précise : celle d'être le sujet d'une blague. Ce n'est pas ce qui se passe. Dans un numéro bien construit, le spectateur choisi est celui à qui il arrive quelque chose, et le magicien travaille à le rendre intéressant, pas ridicule.
Une main se tend vers vous, et une partie de la salle se retourne. Beaucoup de gens détestent ce moment, et leurs raisons sont bonnes. Voici ce qui se passe réellement, du côté de celui qui choisit.
Ce qu’on attend de vous : deux choses
Répondre honnêtement, et rester où on vous place. C'est tout. Vous n'avez rien à deviner, rien à improviser, aucun rôle à tenir. Si l'on vous demande de choisir une carte, choisissez celle que vous voulez ; si l'on vous demande de penser à un nombre, pensez à un nombre.
Une précision utile pour les inquiets : essayer de « faire échouer » n'aide personne, et surtout pas vous. Non parce que c'est interdit — vous avez parfaitement le droit —, mais parce que la personne qui passe le numéro à répondre à côté se prive du seul avantage de sa position : être celle à qui ça arrive. Le reste de la salle, lui, regarde quelqu'un qui s'obstine.
Ce qu’on ne vous fera pas
- Vous ridiculiser. C'est la crainte principale et elle est infondée dans un cadre professionnel. Un magicien a besoin que la salle soit avec vous, pas contre vous : un spectateur humilié rend le public hostile, et le numéro s'écroule. L'intérêt de l'artiste et le vôtre coïncident exactement.
- Vous faire révéler quelque chose de personnel. Si un effet touche à une information privée, elle reste chez vous — un professionnel construit précisément pour que vous soyez le seul à savoir, et que la salle voie l'effet sans connaître le contenu.
- Vous toucher sans prévenir. Et si un contact est nécessaire, il est annoncé et vous pouvez refuser.
- Vous garder si vous ne voulez pas. Un refus se prend avec le sourire et le magicien passe à quelqu'un d'autre. Il en a d'ailleurs l'habitude : cela arrive à chaque représentation.
« Vous êtes de mèche avec lui ? »
C'est la première chose qu'on vous dira en revenant à votre place, et c'est agaçant précisément parce que vous savez que non. La réponse courte : dans la magie professionnelle, le compère est une solution rare et mal vue.
Non pour des raisons morales, mais parce qu'elle est mauvaise. Un compère ajoute une personne qui peut se tromper, parler, ou être reconnue ; il rend le numéro non reproductible ailleurs ; et il n'apporte rien qu'une construction solide ne donne déjà. Le milieu considère cela comme un aveu de faiblesse, ce qui est la sanction la plus efficace qui soit.
Ce que vos amis prennent pour de la complicité est en général l'effet décrit dans l'article sur les raisons pour lesquelles un tour fonctionne : le souvenir d'une scène se reconstruit après coup, et il tend à devenir plus impossible que la scène elle-même. Vous n'inventez rien — votre mémoire fait son travail normal.
Pourquoi vous, et pas votre voisin ?
La question suivante, toujours. La réponse est décevante et rassurante : le plus souvent, pour des raisons de placement et de visibilité. Quelqu'un d'assez proche, que la salle peut voir, qui n'est pas coincé au milieu d'une rangée, et qui a l'air disponible — c'est-à-dire qui regarde le magicien plutôt que son téléphone.
Un artiste évite en général deux profils : la personne visiblement mal à l'aise, et celle qui lève la main avec trop d'insistance — la première pour ne pas la mettre en difficulté, la seconde parce que le public soupçonne immédiatement une complicité, ce qui abîme le numéro pour tout le monde.
Le meilleur conseil, si ça vous arrive
Ne cherchez pas. C'est contre-intuitif et c'est la seule recommandation qui vaut. Chercher le truc pendant qu'on est dedans mobilise l'attention exactement de la façon qui la rend prévisible, et cela vous prive de la seule chose que la place offre : vivre l'effet de l'intérieur, à un mètre, sans écran ni distance.
Vous aurez tout le temps de chercher après. Et c'est d'ailleurs à ce moment-là — en repassant la scène — que le phénomène devient le plus intéressant à observer sur soi-même.
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